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INTERVIEW Le Figaro, Stéphane Travert, notre Président

L'ancien socialiste, député macroniste de la Manche, a été chargé par le chef de l'État de construire un réseau d'élus «La République ensemble» à partir d'un dialogue au plus près du terrain.

L'ancien ministre de l'Agriculture Stéphane Travert accompagne Emmanuel Macron dans sa «tournée des maires», qui débute ce mardi, dans l'Eure.

LE FIGARO.- Quelle est la mission de La République ensemble, que vous allez piloter?

Stéphane TRAVERT.- La République ensemble a pour objectif de construire un réseau d'élus, à partir d'un dialogue, au plus près du terrain, avec les maires que nous allons rencontrer en étant en quelque sorte les missi dominici du président. Nous allons travailler à des solutions à leurs problèmes, dans le cadre de cette structure qui servira à recréer le lien, pour ne plus nourrir le sentiment, pour certains, d'être des citoyens de seconde zone ou assignés à résidence. Nous devons constituer un réseau d'élus qui ont envie d'être constructifs, afin que leur territoire réussisse. L'idée, c'est de remettre de l'horizontalité, mais aussi d'accompagner, d'informer et de débattre sur les intentions de l'exécutif.

Comment est né ce projet que vous a confié le président de la République?

Ce n'est pas une réponse, en tant que telle, aux «gilets jaunes», car l'idée a germé bien avant ce mouvement. C'est un constat qui s'est fait au fur et à mesure de cette année, avec la volonté de raccrocher la parole des territoires, d'être plus en phase avec celle-ci. C'est une réponse à ce que nous avons entendu ces derniers mois, à savoir: «On n'écoute pas les maires, les collectivités territoriales ne sont pas considérées.» Nous voulons apporter la démonstration que non seulement l'avis des maires et du terrain nous importe, mais qu'en plus on prend leur avis en considération. Le président a conscience qu'il faut réduire cette fracture sociale dont on parle depuis 1995 et qui n'a pas été résorbée. Il y a une colère sourde qui a grondé ces dernières années. De nombreux élus ont le sentiment d'être dépossédés de leurs compétences.

“La prise de conscience s’est faite il y a déjà quelques mois, notamment à la rentrée, lorsque des maires ont considéré qu’on ne leur laissait pas suffisamment la main”

Cette prise de conscience n'est-elle pas trop tardive?Le sentiment de défiance s'est installé entre l'exécutif et les élus...

Non. Il y a eu dix-huit mois d'action gouvernementale, la volonté de poser les marqueurs de la transformation, et pendant ce temps-là il fallait assurer le lien avec les maires. La prise de conscience s'est faite il y a déjà quelques mois, notamment à la rentrée, lorsque des maires ont considéré qu'on ne leur laissait pas suffisamment la main. Chacun s'est bien rendu compte qu'il fallait renouer ce contact avec les territoires. Les associations d'élus sont des partenaires habituels. Mais quand André Laignel (premier vice- président de l'Association des maires de France, NDLR) demande que les maires boycottent le «grand débat», l'AMF est-elle dans son rôle? Je juge cette position pas vraiment responsable.

Quel sera le rôle de La République ensemble par rapport au parti La République en marche?

C'est une structure affiliée à LaREM, avec un statut d'association, un mode de gouvernance que je souhaite resserré, paritaire, à l'image des territoires, composé de maires, de représentants de départements, d'intercommunalités. Nous partons de zéro, c'est-à- dire d'un stylo, d'un téléphone, d'un carnet. Ce n'est pas une structure destinée uniquement aux élus qui soutiennent LaREM ou qui seraient adhérents du mouvement, mais elle a pour objectif de s'ouvrir de manière large, aux maires sans étiquette notamment, à tous ceux qui ne sont pas dans des postures politiciennes, qui n'ont pas la volonté d'être dans l'opposition systématique à ce que fait le gouvernement, avec une volonté de construire une nouvelle politique pour le pays et d'être les garants d'une démocratie renouvelée.

“Chacun s’est bien rendu compte qu’il fallait renouer ce contact avec les territoires”

L'implantation locale, c'est justement le talon d'Achille de LaREM, à quinze mois des municipales...

C'est un défaut lié à sa jeunesse. On ne peut pas reprocher à un parti né en avril 2016 de ne pas avoir de structuration partout sur le territoire, de ne pas avoir des élus dans tous les conseils municipaux. Oui, il y a un travail de structuration à faire et je fais confiance à Stanislas Guerini pour le mener. Ma mission n'est pas de préparer les élections municipales, ni de structurer le parti, mais d'être à l'écoute des élus qui ont besoin de solutions concrètes.

Étant donné votre parcours, allez-vous apporter un soin particulier aux élus issus de la gauche, du PS?

Il faut apporter un soin particulier à tous les élus que l'on rencontre. C'est le «en même temps». Je suis issu de la gauche; évidemment, j'ai beaucoup de réseau parmi les élus de gauche, cela facilite les échanges, mais j'ai rencontré des élus de tous bords pendant mes dix-huit mois au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, et je vais travailler sans exclusive avec tous ceux qui ont le sens de la République.

Allez-vous participer à l'identification des maires Macron- compatibles en vue des élections locales?

Il y a déjà des maires Macron-compatibles, car plus d'un millier a signé le parrainage pour l'élection d'Emmanuel Macron. La tâche première sera d'aller revoir ceux-là - ils n'ont pas eu beaucoup de nos nouvelles depuis le début du quinquennat - et d'élargir. Je ne suis pas là pour choisir des candidats ni pour décider des alliances localement.

Publié le : 6 février 2020
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